Du Grand Doute, de l’auto-stop et des sentiers noirs

 

J’ai finalement trouvé à dîner hier soir, à 30 mètres de la chambre d’hôte, où l’on m’a servi une brochette curieusement empalée à la verticale de l’assiette, crochetée sur une mini-potence. Le tout ressemblait à un supplice sur une gravure de Callot.

Ces cités médiévales ! Toujours, derrière l’avenante façade à colombages, la tentation du cagibi de torture…

De retour, gagné par l’atmosphère moyenâgeuse, j’ai exhibé pieds et cheville à quelques ami(e)s, sur Facebook, lesquels m’ont répondu par des émoticones inspirées du Cri de Munch : 😱

Puis je suis allé m’effondrer.

Au petit matin, j’ai fait un tour en haut de la vieille ville encore endormie.

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Ensuite, comme les autres jours, huit déjà, j’ai repris le chemin. Adieu Chinon.

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Le GR et la route ont été contigus, d’abord, puis ils se sont séparés – le temps pour le GR de quelques fantaisies douteuses, sûrement. Fort de mes expériences récentes, je n’ai pas quitté l’asphalte.

Bien m’en a pris : j’ai rencontré des copines.

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Sinon, personne. Des champs, à gauche…

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Des chasseurs au loin. Sans doute sur le GR, à tirer le marcheur naïf…

 

La Vienne, à droite.

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Puis le temps s’est couvert, j’ai retrouvé le GR et je me suis rendu compte que j’etais aussi fatigué et endolori après ces dix premières bornes qu’à la fin d’une pleine journée.

Et là, mes amis, d’un coup, j’en ai eu assez. Je n’y croyais plus. Rincé. Le Grand Doute. Là, au pied même de cet arbre.

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Je me suis assis sur mon sac. Saint Lu, la quête du petit beurre, les pieds et les jambes en vrac, tout ça : pour quoi faire?

Qu’est-ce que j’avais écrit avant le départ ? « La marche assèche le corps et nourrit l’âme ». N’importe quoi! Quelle ridicule grandiloquence. La marche fait atrocement mal aux pieds, point.

Quant à nourrir l’âme : pas même un Saint Emblème pour le réconfort, j’ai boulotté le dernier hier…

Bon. Mais une fois qu’on s’est plaint, que fait-on? Demi tour? Stupide. Et pour aller où ? En arrière ? Ah non.

Reprenons-nous.

Quelques poignées de fruits secs, un Ibuprofen, la moitié de la gourde, IPhiGéNie. Voyons.

La carte indique que le GR croise une départementale dans quelques kilomètres. Cinq au plus. De là, je pourrai faire du stop jusqu’à Montsoreau, puis je prendrai la direction de Saumur par les sentiers noirs, au moins jusqu’à Souzay.

Allez! Chantons : rude est le Chemin mais teigneux le pèlerin, etc.

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Et comme pour célébrer cette énergie retrouvée, là, au bout du GR, à l’intersection prévue, un bistrot! Ouvert ! Loué soit Lu.

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Un coca plus tard en terrasse, le bidon rempli d’eau fraîche : fin du Grand Doute.

Ensuite : auto-stop, comme à vingt ans. Un art. Si on ne veut pas attendre trois heures.

D’abord, trouver l’emplacement idéal. Il faut que l’automobiliste vous voit de loin, qu’il soit obligé de ralentir et qu’il puisse se garer facilement. Parfois, il faut marcher un peu pour réunir tous ces paramètres. Ici, non : le spot parfait est en face du café.

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Ensuite, on s’installe, debout, digne, sans lunettes de soleil ni casquette, et on sourit. Même quand la voiture ne s’arrête pas.

Imparable. La preuve : à peine quatre minutes et hop.

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Christine et Jean-Pierre m’amènent à Montsoreau. Chevaliers de Saint Lu.

De Montsoreau – ayons une pensée pour le roman de Dumas et son adaptation ORTF des années 70 – suivons les fameux sentiers noirs.

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On les reconnaît : des traits fins, noirs, parfois bordés de mauve quand un itinéraire de promenade les emprunte. Ainsi, au lieu-dit le Port de Turquant, je vais continuer de suivre celui que j’ai pris à Montsoreau, rive gauche de la Loire, et le parcourir en ligne presque droite jusqu’à Souzay.

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Tiens, un kayak paléolithique.

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Decouverte capitale. Qui prouve qu’on descend la Loire de cette manière depuis plus longtemps qu’on ne le croyait.

Puis le sentier parvient à Souzay. Même accueil qu’à Mosnes : grenouilles en délire et troquet fermé.

 

Nouveau spot de stop, juste avant l’arrêt du bus. Quelques bermudas multipoches promènent madame dans la Hyundai lavée de frais. Ne pas compter sur eux. Ils regardent de toute façon ailleurs, en faisant semblant de ne pas me voir. Pas grave : je vois déjà s’approcher une fourgonnette de bonne augure. Bingo.

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Jean-Paul, qui me gratifie de surcroît d’un petit cours sur l’architecture historique de Saumur. Chevalier de Saint Lu. Encore un, c’est mérité.

Sur quoi, dîner prématuré avant de rejoindre l’hôtel qui ne fait pas restaurant…

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Demain : grasse mat’, un peu de bus pour raccourcir l’etape de 50 kilomètres initialement prévue (Tartarin!) et cap sur Juigné sur Loire par les lignes droites. Et maintenant : DORMIR.

 

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