Voyage au bout de je ne sais quoi

Ça a débuté comme ça : bien reposé par une nuit sans rêve – autrement dit un coma – puis restauré par un très copieux petit déjeuner, je suis parti en sifflotant.

A75A49F0-6948-453D-A832-FDAF804CB9C1

J’ai assez vite rejoint le GR3, délaissant provisoirement la piste stabilisée et roulante de la « Loire à vélo ».

E3CCB314-B51E-4EC1-94FE-57BDE7132D5A

Seul au monde de nouveau, avec, de loin en loin, l’escorte de clébards crétins dès que j’approche la moindre clôture.

 

Le GR3 rejoint provisoirement la «Loire à Vélo». Je fais provision d’indice 50 chez l’apothicaire puis je longe le fleuve.

Odeurs d’eau, de vase, de saules, vieilles gabares…

59072A2A-B312-42D3-91CC-019C26160963

Puis je poursuis ma route et de nouveau la question se pose: GR3 ou piste cyclable?

B75C7D0C-A322-4BDE-A74F-6ECC2EFD754A

J’opte pour le GR, bien sûr. Tout à ma naïveté.

Au début tout va bien. Seul de nouveau, sans cyclard bariolé pour me donner de la clochette, je longe des vignes. Leur alignement me fait inexplicablement penser aux cimetières militaires.

5AA60CDA-E741-4282-B283-5725451E409A

Je me recueille donc un instant à la mémoire de tous les poivrots tombés aux champs d’honneur.

Avant de m’apercevoir que ma gourde est presque vide. Fâcheux. Le soleil darde. Grave, disent les jeunes.

Mon application IGN m’indique un hameau pas très loin. Il y aura sûrement une fontaine. Ou un cimetière : toujours de l’eau dans les cimetières. Pas d’inquiétude, donc.

Tiens, ledit hameau : Rilly sur Loire.

F575EEDB-B77A-4B93-A1AA-981C0F6176B9

La brume apparente sur la photo n’en est pas : c’est la sueur sur l’objectif. Boire!

Pas un robinet, pas un troquet, rien! Même le cimetière est fermé.

Le pays de la soif…

Je ne peux pas poursuivre sans eau. Encore vingt bornes au moins. Je mets donc le cap sur un autre bled, Mosnes, en coupant par les sentiers noirs.

D79EF549-841E-4A82-B372-B6FC8661E3D5

Vous aurez compris qu’on n’y place pas des calvaires par hasard…

J’atteins Mosnes dans un sabbat de grenouilles. Je vous passe le fichier son, vous le connaissez.

Un troquet sur la départementale! Gloire à Lu? Non. Fermé!

☠️👎🕷🌋🔪💣!

Sentiers noirs de nouveau, pour rattraper le GR.

583E81DD-3F1A-4BF0-AD0C-1186F4A02719

Les ornières des engins qui ont defoncé le chemin me tordent les pieds dans tous les sens. Je sens cloquer les ampoules sur les coussinets. Je lorgne sur les flaques douteuses, dans les fossés.

Une inquiétude aussi, jambe gauche : vague gêne ce matin, une vilaine douleur monte maintenant à la fois sur le côté intérieur du genou et sur le coup de pied, à la jonction de la cheville…

Tête du pèlerin, l’oeil sur les lignes droites cent pour cent casse pattes.

6C8AFB68-BD70-46FB-B43C-4EE072229859

Bref répit en retrouvant le GR. N’etaient les moustiques, ce sous bois ombragé, jonché de jacinthes odoriférantes serait un havre parfait pour une halte.

EB477C53-C60D-46C6-8AE2-882FF962197C

Mais s’asseoir est impossible, de crainte de ne jamais repartir. Avancer, donc. Aller par les chemins pourris.

E42F6581-0038-42F9-8487-A105466A8E42

Dix kilomètres comme ça. La soif. Le genou et la cheville en feu. Avantage : mes talons ne font plus suer et les ampoules non plus. Le corps priorise.

Au moins, me dis-je en regardant la carte, j’aurais le plaisir d’une arrivée de toute beauté sur Amboise.

Raté. Ce que j’ai pris pour le symbole d’un point de vue est en fait le signal d’une traversée dangereuse : celle d’une route fréquentée qui dessert une zone industrielle.

Et j’entre dans Amboise par la déchèterie…

964170C3-5F4F-4980-B4F0-9C30FEF9FAED

Les derniers kilomètres, deux environ, trois peut-être, sont longs. Très longs.

La ville est magnifique mais je la goûte pas : soif, mal, faim.

L’hotel enfin! Je passe mes chevilles à l’eau froide – la gauche est énorme, éléphantiasique. Je bois deux litres d’eau coup sur coup. Puis douche, lessive du jour, etc.

Restaurant pour finir, à deux cents mètres – mais long est le chemin quand on marche comme un vieillard.

Oeufs en meurette, énorme entrecôte, frites maison et Saint Nicolas de Bourgueil en hommage à un ami natif d’Amboise.

70DB2C18-F688-44CD-B81B-44C9887AA2EA

Demain, pas de marche. Du moins très peu. 75 bornes en deux jours, j’ai mon compte. J’irai à Villandry en train puis en bus.

C’est du moins le projet : mais les voies du petit beurre sont impénétrables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion sur “Voyage au bout de je ne sais quoi

  1. Dans les chiffres depuis 3 jours presque non stop ….marre marre 🤐🤤
    Heureusement que tu es là pour me distraire à cette heure tardive oh mon Saint-Lu fou mais courageux …
    Ta plume se délit au fur et à mesure que tes muscles souffrent … il y a de quoi écrire un sacré recueil il faut dire !!!
    Bonne nuit mon petit !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s